Tribune Concours Pluripro : Parole d’acteurs

Présentation du modèle SESAME comme réponse à la stigmatisation des soins psychiatriques, visant à améliorer la qualité des soins et à construire une culture commune entre les différents professionnels de santé.

Grande Cause nationale 2026 : la santé mentale au cœur des enjeux de collaboration

La désignation de la santé mentale comme Grande Cause nationale 2025 avait suscité élan et espoir des acteurs du secteur tant les besoins sont vastes. Mais nombreux sont ceux à avoir regretté un rendez-vous manqué.

Notre réponse s’inscrit dans notre pratique infirmière et épouse la définition que l’OMS a donné de la santé, à savoir « un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. » Cette vision holistique fonde notre pratique de soignants. Elle réconcilie différentes dimensions qui font l’objet d’expertises distinctes, encore trop cloisonnées.

Ces clivages ignorent que santé mentale, santé physique et environnement social sont interdépendants. Ils se nourrissent de la stigmatisation des troubles psychiques, souvent relayée par les soignants eux-mêmes. Enfin, ils freinent la mise en œuvre de politiques de prévention et retardent l’accès à des soins et des accompagnements adaptés.

À l’aube du renouvellement de la Grande cause nationale santé mentale, nous faisons le vœu que la santé mentale soit pleinement réhabilitée dans le système de soins, en lien étroit avec les acteurs sociaux.

La déstigmatisation des troubles psychiques et des soins psychiatriques constitue un premier levier d’action. Cependant, il nous faut repenser notre vision des soins. Aujourd’hui marqué par la dichotomie entre le corps et l’esprit, notre système de soins est composé de mondes qui s’ignorent. A l’hôpital, les soins psychiatriques demeurent à l’écart des soins somatiques : lieux différents, urgences distinctes. En ville, les soins primaires sont isolés et démunis et ont peu de lien avec la psychiatrie libérale ou hospitalière. Les acteurs sociaux, quant à eux, sont rarement présents dans les lieux de soins.

Cette séparation est coûteuse pour les patients comme pour le système de santé. Des données indiquent que 50% des personnes présentant des troubles dépressifs caractérisés ne sont ni dépistés ni soignés en ville. A l’autre bout du prisme, les personnes vivant avec un trouble psychiatrique sévère ont une espérance de vie réduite de 14 à 16 ans par rapport à la population générale, essentiellement du fait de pathologies somatiques non traitées. Il est donc grand temps de transformer nos pratiques et repenser nos modèles d’organisation. Il nous faut jouer collectif et mobiliser à bon escient les différents acteurs de la prise en charge, qu’ils soient sanitaires, sociaux ou médico-sociaux, afin d’être à la hauteur des besoins des patients.

Des expérimentations de terrain en cours sont prometteuses, en ville comme à l’hôpital (projets HOME, SIIS, Equip’Addict, SÉSAME, DIPPE…) : elles s’appuient sur une coopération renforcée entre psychiatrie, soins somatiques et secteur social. Elles permettent d’articuler l’expertise technique médicale nécessaire à la prise en soins des patients tout en garantissant la prise en compte de toutes les dimensions de la vie des personnes. Aux avant-postes de nombre de ces expérimentations, infirmiers et travailleurs sociaux se sont imposés comme les artisans de ce travail collectif.

À travers le projet SÉSAME qui prend place en soins primaires, nous mesurons au quotidien les bienfaits de cette collaboration étroite. Elle déstigmatise les soins psychiatriques, rassure les médecins généralistes comme les patients, améliore l’accès aux soins et permet, pas à pas, de construire une culture professionnelle commune. Elle offre enfin un cadre sécurisé à notre exercice infirmier et nous permet de réinscrire les patients dans une vision globale de leur santé, de leur rappeler que leur santé mentale commence par leur hygiène de vie et de les rendre acteurs de leur santé.

Aucun des professionnels n’a la bonne réponse. Tous ensemble, nous pouvons offrir le juste soin, pour la bonne personne au bon moment.

Signataires :

  • Emmanuelle Poinsot-Laplanche, infirmière SÉSAME aux Mureaux, Hardricourt et Triel-sur-Seine, 
  • Sébastien Palacin, infirmier SÉSAME à Suresnes. 

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